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Numéro 97 en Kiosque

Quand le Toscano fait un tabac

Tobacco plantations, Kentuky tobacco for Toscani cigars, Anghiari, Val Tiberina, Tuscany, Italy

Cultivé dans la plaine d’Anghiari et Sansepolcro, au coeur de la Valtiberina, en Toscane, le tabac Kentucky est transformé en cigares dans deux manufactures, celle de Lucca – la Manifatture Sigaro Toscano -, et celle plus récente et plus familiale de Sansepolcro, la Compagnia Toscana Sigari. La région n’a certes pas le monopole de la culture du tabac italien mais la Valtiberina, en reste le coeur historique.

Le Toscano, le célèbre cigare italien, a toujours fait son cinéma. Garibaldi le serre entre ses dents sous la mitraille, Puccini compose ses opéras entre deux bouffées et Modigliani s’affiche avec lui à la terrasse de la Rotonde. Clint Eastwood fait la grimace quand Sergio Leone le lui colle dans la bouche, tandis que dans Le Guépard, le prince de Salina, l’allume nonchalamment à la flamme d’un chandelier. Même Fernandel dans Don Camillo sort un Toscano sous le regard hautement réprobateur d’un Christ en croix. Il faut bien le dire, ce cigare à deux têtes a un peu la gueule en biais. Son côté biscornu peut surprendre, mais pas question de le snober pour délit de faciès. La cape sombre, nervurée dégage des arômes puissants de cuir, de bois fumé, de crin de cheval. C’est un cigare d’homme qui cogne comme le soleil, un cigare convivial dont on offre la moitié à un ami.

Smoking Toscano cigar, Mr. Roberto Giomi, Catador of Cigar Club Association, Lucca, Tuscany, Italy.

ROBERTO GIOMI, « CATADOR » (SORTE DE SOMMELIER) DU CIGAR CLUB ASSOCIATION DE LUCCA.

Une épopée tout en volutes

On raconte que le tabac, originaire des Caraïbes, fut importé en France par Catherine de Médicis à des fins médicinales. Elle fit cadeau de quelques plants au cardinal Nicolas Tornabuoni, nonce apostolique de France, lequel envoya quelques graines à l’évêque de Sansepolcro, la ville de Piero della Francesca. C’est ainsi que le tabac prit racine pour la première fois à partir de la moitié du XVIe siècle autour de la minuscule République Indépendante de Cospaia en Valtiberina. Comme pour la pénicilline, le cigare Toscano est le produit du hasard. Un orage ayant mouillé une provision de tabac dans une manufacture de Florence, il se mit à fermenter. On l’utilisa pour la confection de cigares bon marché. Cette production eut tellement de succès qu’en 1818, la bêtise fut officiellement reproduite. Ainsi naquit le Toscano il y a 200 ans.

Harvesting tobacco leaves,Tobacco plantations, Anghiari, Val Tiberina, Tuscany, Italy

LA RÉCOLTE JUSTE CUEILLIE PART AU SÉCHOIR…

Lucca et le tabac

La Manifatture Sigaro Toscano (manifatturesigarotoscano.it) a d’abord été implantée en ville. « On sentait le tabac jusque dans la rue », se souvient-on ici. Elle a déménagé à 10 kilomètres, à Mugnano, dans la banlieue de Lucca où s’est développé un grand centre de production. Toscano Antico, Classico, Toscano Extra Vecchio, Garibaldi, Modigliani, sont ici fabriqués à grande échelle : 200 millions de cigares à la machine et 2,3 millions de cigares faits main. D’autres tels que le Toscano Originale Selected, le 1492, Antica Riserva, le Millennium Toscano Originale, ou encore, le Moro, le seigneur des cigares, présenté dans un écrin en bois précieux, font l’objet d’une production élitiste. Dans l’usine, des chariots apportent les fagots de tabac encore liés ensemble. Les machines engloutissent, coupent, roulent les cigares, les collent, les assemblent. Des contrôleuses les vérifient, les baguent, les rangent d’un geste sûr dans de grands tiroirs compartimentés. L’usine sent bon. Autrefois, 3000 ouvrières fabriquaient le cigare à  la main, elles ne sont plus qu’une quarantaine, capables de produire jusqu’à 400 cigares par jour. Les feuilles sont étalées sur l’établi. L’ouvrière remplit la feuille lissée avec un écheveau de tabac, coupe ce qui dépasse puis roule prestement la feuille pour donner sa forme au cigare. Chaque ouvrière signe sa production. Le fumeur trouvera dans les boîtes les plus luxueuses, le nom de la cigarière : Francesca, Silvia ou Valentina. Un tableau rappelle ce qui est interdit : les trop grands, les trop petits, les tordus, les bouts cassés, les tâchés, les étranglés et les ondulants.

PRÉPARATION DES FEUILLES DE TABAC, ENFILÉES PAR PAIRE SUR UNE TIGE DE BAMBOU.

A Sansepolcro, l’aventure d’un passionné

La Compagnia Toscana Sigari Srl (compagniatoscanasigari.it) s’est installée non loin de Sansepolcro, à Trebbio, dans un ancien séchoir à tabac à l’initiative de Gabriele Zippilli, un ingénieur agronome, venu à Sansepolco pour une simple expertise et qui a décidé d’y rester. En 5 ans, il est passé des premiers essais de Toscano à la production de 1,5 million de cigares. C’est attablé à une terrasse au soleil, que Gabriele Zippilli nous a raconté sa meilleure histoire de cigare : la sienne. Sa vie avec le tabac commence en février, dans les pépinières où sont plantées les minuscules graines de variétés de tabac Kentucky. Un gramme de semence contient 10.000 grains ! Il faut deux mois pour que les semis atteignent le stade de la transplantation. La culture et l’irrigation permettent d’obtenir des plants robustes et luxuriants aux larges feuilles d’un beau vert émeraude. Quand les fleurs roses du tabac fleurissent en juillet, il faut les couper pour permettre aux nutriments de se concentrer dans les feuilles. En août, la récolte commence feuille à feuille. Si celles-ci ne sont pas assez mûres, elles contiendront trop de chlorophylle et seront désagréables à fumer. Si elles sont flétries, elles auront des arômes médiocres. Arrivées au séchoir, les voici disposées par paire, sur des tiges de bambou et groupées sur plusieurs étages. C’est l’étape du jaunissement, où durant trois jours, le tabac perd beaucoup d’eau. Il est alors prêt pour l’épreuve du feu. Sous la frange des feuilles, on allume des foyers alimentés par des bûches de chêne jusqu’à obtenir une belle couleur brune, ce qu’on appelle la phase Ammarronamento. Elles sont alors sélectionnées et divisées en deux groupes pour la cape ou le remplissage des cigares destinés à la fermentation. CTS produit une ligne de short filler fabriquée à la machine : les Tornabuoni Stortignaccolo. Mais la tradition des cigares Kentucky faits main continue avec le Mastro Tornabuoni Long, l’Affinato, le Cospaia, le Spingarda d’Anghiari, et l’Orciolo issu de l’agriculture Kentucky biologique. Sachez qu’il faut prendre son temps pour déguster un Toscano, accompagné à votre goût d’un champagne, d’une grappa, d’un cognac, afin d’humecter la bouche qui se dessèche vite. On peut déguster le Toscano « ammezzato », coupé en deux ou « alla maremanna » comme les gardians de la Maremme toscane.

 

Toscani cigars, Manifatture Sigaro Toscano SpA, Lucca, Tuscany, Italy. https://www.manifatturesigarotoscano.it/

UNE COLLECTION DES MEILLEURS TOSCANI PRODUITS PAR LA MANIFATTURE SIGARO TOSCANO DE LUCCA.

 

UNE CIGARIERE DE LA COMPAGNIA TOSCANA SIGARI PRESENTE FIEREMENT SA PRODUCTION DU JOUR DE CIGARES SPINGARDA D’ANGHIARI

 

Texte : Marco Casiraghi – Images : DR