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François Cluzet : « A nous de changer les codes »

*Dans Canailles, il kidnappe tant bien que mal José Garcia. Une comédie policière que défend avec enthousiasme le toujours loquace François Cluzet.

Comment êtes-vous venu à Canailles ?
J’avais beaucoup aimé le livre d’Ian Levison que j’ai ensuite fait lire au réalisateur Christophe Offenstein. C’est un roman américain, il a donc fallu l’adapter en France. C’était une proposition nouvelle de comédie. C’est-à-dire qu’il n’y a pas toutes les arcanes de la comédie « à la française ». C’était assez risqué. La preuve, c’est que ni Canal Plus ni les autres chaînes habituelles n’en ont voulu…

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce rôle de braqueur-kidnappeur pas très doué ?
C’est un film tourné avec peu de moyens. Pourquoi ? Parce que, pour moi, cela incarne le renouveau d’un genre. Une enquête policière qui fait rire. Et là, les financiers nous disent : On ne sait pas si c’est une comédie, un polar ! Nous avons eu à cœur de leur répondre que c’était les deux. Pour eux, le mariage était impossible. Je crois qu’ils se sont trompés. Déjà parce qu’ils ne prennent pas le risque du changement et qu’ensuite, lorsque je vois le film, toute prétention gardée, il est réussi.

Votre point de vue sur la crise que traverse actuellement le cinéma ?
Si le cinéma vit une crise, à côté de la pandémie et tout ça, c’est surtout qu’il y a un manque de propositions. Quitte à prendre des risques, des flops. Les gens ont tellement ingurgité de films depuis trente ans que de se déplacer pour voir un truc qu’ils pourraient voir à la télé, c’est terminé. A nous de changer les codes et les acteurs. En commençant par moi, je l’ai toujours dit. Moi, quand j’ai débuté, j’ai eu hâte qu’on renouvelle les acteurs. On était bloqué par Delon et Belmondo. C’est Depardieu, Dewaere et Miou-Miou qui ont bousculé tout ça.

En braqueur obligé de se faire kidnappeur, François met José en pétard…

Avez-vous jamais accepté des rôles « par confort » ?
Bien sûr. Ce serait mentir que de dire le contraire. Tourner pour le cachet. J’ai quatre enfants. Il a bien fallu que je m’offre et que je leur offre un peu de tranquillité. Mais j’ai eu de la chance. Autant les producteurs ne voulaient pas de moi, autant les metteurs en scène étaient convaincus de vouloir m’engager. Sans cesse, j’ai eu des propositions de réalisateurs. Quelquefois, ça marchait, d’autres pas. Je me rappelle Daniel Toscan du Plantier qui m’avait confié le doute des producteurs à mon sujet : « Pour eux, les films que tu fais ne marchent pas. » Ça a été ça jusqu’à Guillaume Canet qui avait refusé les à-valoir de plusieurs distributeurs parce qu’ils ne voulaient pas de moi. Lui insistait : j’étais l’acteur qu’il lui fallait pour Ne le dis à personne. Il les a trouvés chez Pierre-Ange Le Pogam et Luc Besson. J’en parlé encore récemment avec un producteur pour un film que je souhaite réaliser. Lui m’a dit : « Il me faut les plus grandes stars ! »

Alors que le public n’a jamais été aussi versatile…
On ne peut plus demander aux gens de se présenter au cinéma et de payer leur place pour regarder un film qui ressemble à deux gouttes d’eau au succès des mois précédents. Claude Chabrol me l’expliquait : « Il faut éviter de faire un énorme succès parce que les producteurs vont te demander de faire le même film. » Il faut renouveler l’offre très largement.

Quand vous rencontrez d’autres comédiens, comment cela se passe-t-il ?
Un jour, j’ai croisé Vincent Lindon dans un train et nous avons parlé tournage. Il m’a expliqué comment il s’y prenait. Là, je lui ai avoué : « Pour moi, tourner avec toi serait épouvantable. Jamais je ne vais au combo. Jamais je ne m’occupe des accessoires. Jamais je ne m’occupe de l’axe de la caméra ou de l’objectif. » Lui, il s’occupe de tout. Il doit prendre une place colossale sur un tournage ! Mais il le concède : c’est ce qu’il aime. Moi, je suis tout le contraire. Je suis dans le collectif. Pas plus qu’un autre. Pour moi, l’important, c’est de réussir le film. Ma partition, je la travaille. J’ai confiance en moi. J’essaye de penser film plutôt que de penser rôle. Ça m’apaise du côté de ma responsabilité.

François Cluzet sur ses débuts : « C’est vrai qu’avec le recul, je réalise que je manquais de confiance en moi. J’admirais plus les acteurs qui ramaient que Delon. »

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération ?
Je trouve que nous sommes très chanceux. En France, nous avons vraiment des acteurs et des actrices qui se sont complètement adaptés aux difficultés d’aujourd’hui. Leur nombre déjà. A mes débuts, nous étions deux ou trois à pointer le bout de notre nez. Aujourd’hui, ils sont quinze ou vingt. Il y a une émulation, une effervescence qui fait qu’ils bossent beaucoup plus et qu’ils sont bien meilleurs. Comme Pierre Niney, Pio Marmaï, Pierre Deladonchamps…

La célébrité a toujours été une quête pour vous…
J’aurais pu être connu beaucoup plus tôt mais j’étais terrifié à me retrouver sans plus aucune proposition à l’âge de 40 ans. J’ai refusé des films qui, à l’époque, me tombaient des mains parce que je faisais du théâtre et que je ne me voyais pas jouer Marivaux sur les planches et, en même temps, dans une comédie « merdique » au cinéma. Les gens me disaient : « Tu es complètement con ! » C’est vrai qu’avec le recul, je réalise que je manquais de confiance en moi. J’admirais plus les acteurs qui ramaient que Delon.

Canailles de Christophe Offenstein avec François Cluzet, Doria Tillier, José Garcia… Sortie le 14 novembre.

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