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Audrey Dana « Un regard de femme sur les hommes »

Huit ans après Sous les jupes des filles, la comédienne et réalisatrice Audrey Dana met cette fois en scène des hommes confrontés à une séance de thérapie de groupe qui part en vrille. Elle ne parle sans fard à Edgar.

 

Est-ce difficile de monter un projet comme une comédie chorale française à l’heure du (presque) tout-franchise au cinéma ?

J’ai eu de la chance sur ce projet parce que la Warner et France 2 m’ont suivie. Sur le scénario, ils ont eu envie de cette aventure. Alors qu’en plus nous étions en 2018 au moment de la lecture, c’est-à-dire bien avant la crise sanitaire. Je crois que le film a beaucoup plus d’écho aujourd’hui que s’il était sorti en 2020 sans crise sanitaire. Ils m’ont fait confiance. Ils ont aimé cette histoire, ce regard de femme sur les hommes. Pour finir, est-ce que c’est difficile au cinéma pour un film face à des blockbusters, des Marvel, etc. ? Évidemment. Mais tout le monde le sait.

Pourquoi une telle réunion d’hommes ?

Je voulais faire un film avec plein de personnages masculins. Un pendant à Sous les Jupes des filles. Pour Sous les jupes des filles, je n’avais tourné seulement que 5 à 7 jours avec chaque actrice. Je voulais cette fois aller plus loin. D’aller plus en profondeur. Avec des hommes, s’ils ne se connaissent pas, comme les personnages du film, c’est toujours plus dur de se lâcher, d’aller dans la confidence. Alors, j’ai réuni des hommes ensemble et je les ai filmés pendant 30 jours. Le défaut de Sous les jupes des filles, pour moi, c’était que ça survolait trop, le film frôlait parfois la caricature. Ici, on rentre dans le cœur des choses. D’où la thérapie et la crise de nerfs. Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, je fais construire à la campagne. J’ai envie de créer un lieu de retraite et de ressourcement. Je me demande si, quelque part, ce n’est pas mon inconscient qui a écrit ce film.

« Il me fallait des alliés dans cette aventure »

Pascal Demolon, François-Xavier Demaison, Laurent Stroker, Max Baissette de Malglaive et Thierry Lhermitte en route vers leur thérapie de choc.

Vous voyez-vous finir thérapeute comme Marina Hands dans Hommes au bord de la crise de nerfs ?

Non, je suis plutôt en train de créer un endroit pour les thérapeutes. Où ils pourront venir se ressourcer, faire des stages, au milieu des arbres, de la nature. Pour des jolies balades. Et avec un sauna pour bien transpirer comme dans le film.

Appréhendiez-vous de diriger un groupe d’acteurs ?

Forcément. Vous avez tout un groupe qui est dans le cadre tout le temps. Grand challenge ! Mais comme pour eux, avec leur rôle à chacun, à partager ensemble l’affiche, et laisser tout le monde exister et trouver sa place. Pour ma part, c’était assez vertigineux. Le premier jour, je les ai laissés faire. Afin de voir ce qui allait se passer. Mais non, ça ne marche pas comme ça huit acteurs. Tous les matins, je leur donnais des indications imaginées la veille : « Toi, tu vas là, toi, tu fais ça, etc.» Bien sûr, toujours en accord avec eux. Mais j’ai été obligée d’ultra-diriger là. Et puis, nous étions en permanence en extérieur. Pour être entendu, c’est plus compliqué. Ils ont dû avoir du coffre.

Comment s’est déroulé le casting ?

D’abord, il y avait ceux avec lesquels je voulais travailler : Ramzy Bedia, François-Xavier Demaison, Michael Gregorio… Des potes qui sont aussi de supers acteurs et de beaux êtres humains. Il me fallait des alliés dans cette aventure. Ensuite, Michaël Laguens, probablement le meilleur directeur de casting en France, a réfléchi à la distribution. Et m’a fait des propositions insolites. À la fin, sur le papier, j’avais un casting étonnant que je n’aurais pas imaginé : Laurent Stroker, Thierry Lhermitte, Pascal Demolon… On allait de la Comédie française au stand-up. Pour moi c’était bon !

« Il existe cette incroyable magie de la communication entre l’homme et la nature »

Ramzy Bedia, François-Xavier Demaison et Thierry Lhermitte visiblement en plein doute.

L’ambiance sur le tournage devait être bonne…

Vraiment, ça a été incroyable. C’est rare que quelque chose se passe comme ça. À huit, tout autant bien s’entendre, se respecter, s’aimer, jouer vraiment ensemble, c’était assez fou.

La thérapeute new-age campée par Marina Hands, est-ce peu vous qui vous exprimez ?

Je crois sincèrement que la nature est guérisseuse. Chez beaucoup de peuples premiers, il y a cette idée, lorsque ça ne va pas, qu’il y a un deuil, un sentiment de malaise, de passer trois jours contre un arbre. Pour moi, il suffit d’une heure déjà pour aller mieux. Il existe cette incroyable magie de la communication entre l’homme et la nature à laquelle je crois beaucoup. Je pense que nous sommes une humanité au bord de la crise de nerfs parce que nous sommes coupés de la nature. Beaucoup de gens ignorent même que c’est quelque chose qui leur manque.

Marina Hands, meilleure cavalière que thérapeute…

Allez-vous revenir à l’écran comme comédienne ?

Oui, je viens de tourner dans le dernier André Téchiné, Les Pieds sur terre avec Benjamin Voisin. Une très belle expérience. Également une série en Suisse, Avoir l’âge, avec deux femmes réalisatrices. C’était très chouette. Et j’ai d’autres projets à la rentrée. Et puis, évidemment, je travaille sur mon prochain film en tant que réalisatrice.

Est-ce secret ?

Non, ça s’appelle Champagne & Funérailles. L’histoire d’un homme persuadé qu’il va mourir avant cinquante ans, comme son père et son grand-père, et qui décide d’organiser son enterrement. Pour se faire, il débauche une wedding planner hors du commun qui va accepter le défi. C’est une comédie romantique.

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso.

Portrait @ Laure Bonnal.

Hommes au bord de la crise de nerfs avec Thierry Lhermitte, Ramzy Bedia, François-Xavier Demaison… Sortie le 25 mai.