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Paul Hamy : « Je fais et je vois où ça me mène »

Il a tourné sous la direction de Katell Quillévéré, Fanny Ardant, Cédric Klapisch et ce « fou » de F.J. Ossang. Habitué du cinéma d’auteur, Paul Hamy se laisse aussi tenter par le cinéma de genre. Dans Le Mangeur d’âmes, aux côtés de Virginie Ledoyen, il campe un flic obstiné parti sur la piste d’enfants disparus. Et s’il en disait plus à Edgar ?

Avez-vous lu le roman d’Alexis Laipsker dont Le Mangeur d’âmes est tiré ?

A vrai dire, je ne le connaissais pas. Je l’ai commencé, j’ai lu les premières pages, le premier chapitre pour me mettre un petit peu dans l’ambiance. En fait, comme il y a pas mal d’écarts entre le scénario et les personnages, j’ai préféré m’arrêter là et rester dans mon imaginaire. L’adaptation a quand même pris pas mal de liberté et je ne voulais pas être déçu d’un côté ou de l’autre. Par rapport au style, par rapport à plein de choses, je trouvais que ce n’était pas nécessaire. Le roman est un thriller, un « page turner » comme disent les Américains. Ce n’est pas d’une qualité – littéraire, j’entends – absolue. J’ai préféré aller me nourrir ailleurs.

Comment se prépare-t-on dans ces cas-là ?

Tu forges toi-même ton personnage. Je pense que tout s’éclaire à la lecture du scénario. Il y a pas mal d’ouvertures et de directions. Et il reste une grande place à l’imagination. Pareil lorsqu’on lit un livre. Chaque personne va lire un livre et s’imaginer des lieux différents, des couleurs différentes, des tailles, des moustaches… Chaque lecture est une interprétation. Et puis, il y a eu la préparation physique. Les garçons m’ont dit, quand ils m’ont rencontré, qu’ils allaient me faire courir ! Mon personnage court jusqu’à l’épuisement, comme un accro. J’étais déjà en forme mais il a fallu que je m’entraîne pour garder la même carrure tout en séchant. Ce flic, c’est un ascète. Il est en mission et s’il court, c’est pour survivre. Ainsi, il a fallu que, dans la vie, je me prive de petits plaisirs.

Ce n’est pas votre premier film de genre. Mais vous donnez l’impression d’un goût plus prononcé pour le cinéma d’auteur…

On essaye de mettre les films dans des cases. Tout simplement, moi, j’aime bien faire du cinéma, Le cinéma de genre, c’est quelque chose de très référencé. D’ailleurs le film de Julien Maury et Alexandre Bustillo (le deux réalisateurs du Mangeur d’âmes, ndlr) le revendiquent. Ça me change justement. Je tourne généralement dans des films moins référencés, plus personnels, vraiment propres à leur auteur. Mais j’aime beaucoup le cinéma de genre. Il y a ce côté fable dans ce détachement de la réalité. Et pourtant, on traite les mêmes sujets, les mêmes émotions. Ce détachement donne une liberté au récit. C’est plus envolé.

Le capitaine Franck de Rolan (Paul Hamy), arme au poing : « Je tourne généralement dans des films moins référencés, plus personnels, vraiment propres à leur auteur. Mais j’aime beaucoup le cinéma de genre. »

Virginie Ledoyen, Sandrine Bonnaire, Francis Renaud… Le Mangeur d’âmes, était-ce une belle expérience au niveau de la rencontre des acteurs ?

Quand j’ai appris que Sandrine Bonnaire jouait le docteur, j’étais heureux. C’est une super actrice, peut-être une des actrices qui me fascine le plus, dans cette génération des années 80, avec son sourire, son charme… Je trouve qu’on ne la voit plus assez à l’écran. Son rôle dans le film, c’est un petit rôle, mais très important. Ce sont ses filles, je crois, qui l’ont convaincue de tourner, parce qu’elle n’avait jamais joué dans ce registre-là. Quant à Virginie, c’est une personne formidable. Elle a été très chic avec moi, elle a dit de jolies choses. Elle est très calme, posée, très douce. Pendant le tournage, elle m’apaisait beaucoup.

Et avez-vous la liberté, aujourd’hui, de choisir vos rôles ?

Ce sont souvent les réalisateurs qui viennent vous chercher. Les acteurs ne choisissent pas d’eux-mêmes, à part quand ce sont des pointures, des stars. Là, c’est le cinéma de genre qui est venu vers moi. Il y a quelque chose que j’aimerais faire, c’est de la comédie. J’ai tourné des scènes de comédie dans ma carrière, des trucs pas mal, et j’aime ça.

En parlant de carrière, il y a 10 ans exactement, vous étiez nommé au César du meilleur espoir masculin. L’occasion de faire un bilan ?

A chaque nouvelle étape, je fais le même bilan : je ne regarde plus le métier de la même manière. Quand j’ai commencé, j’ai été tout de suite nommé aux Césars, j’allais tous les ans à Cannes, je me disais : « Ça y est, ça va décoller, je découvre… » En fait, j’ai toujours l’impression de découvrir. Je ne sais pas si c’est moi qui me cache ou si ce sont les réalisateurs qui n’arrivent pas à me cerner. Et puis, il y a eu le Covid. Pendant le Covid, je n’ai pas eu de propositions. Mais je pense que ma carrière avance comme elle doit avancer. En réalité, j’aime bien faire des bilans pour chaque film. J’aime comprendre le travail que j’ai effectué. Évidemment, entre mes désirs tracés et le résultat, il y a parfois un fossé. Je réfléchis à comment m’améliorer. J’essaie de peaufiner ma technique avec le temps. Au départ, j’étais dans quelque chose de très instinctif. A chaque étape, je voulais donc faire quelque chose de différent. Maintenant, ma façon de jouer évolue avec l’âge. J’oublie mieux ce que j’étais avant.

Face à la commandante Guardino (Virginie Ledoyen) : « Virginie est formidable. Elle a été très chic avec moi, elle a dit de jolies choses. Elle est très calme, posée, très douce. »

Votre plus grande satisfaction jusqu’à aujourd’hui ?

Marrant cette question. Je pense que ma plus grande satisfaction, c’est l’éclectisme de ma filmographie. Et puis les gens que j’ai rencontrés, du premier au dernier. La première, c’était Katell Quillévéré pour Suzanne en 1993. Et le dernier, c’est Nicolas Keitel, pour Une fille sans histoire, dont il termine le montage. A chaque fois, une rencontre. C’est comme ça que je choisis les films, à la rencontre. La chose la plus agréable en fait, c’est la communication, la collaboration. Il n’y a pas que le réalisateur, il y a le chef d’équipe, il y a tous les techniciens, les autres acteurs aussi. C’est ça qui est fabuleux dans le métier d’un côté artistique, cette collaboration au sein d’une même création. Si je n’ai pas ça, c’est la dépression, la dépression totale !

Vous êtes également artiste plasticien. Avez-vous encore du temps pour pratiquer votre art ? 

La question, c’est plus de savoir comment prendre le temps. Un pote qui me disait : « Si tu n’as pas le temps, si t’as pas 15 minutes le matin pour respirer et méditer, prends une heure. » Il faut savoir se créer le temps. J’ai appris à me concentrer, aller jouer et ne faire que ça, revenir, créer et ne faire que ça. Après, je ne suis pas très carriériste. Je fais et je vois où ça me mène. J’entends par là mon rapport avec l’extérieur. Je n’ai pas de galerie. Ce que je fais, les gens le voient peu. Je croise souvent des gens qui me disent aimer mon travail de plasticien, mais je n’ai pas encore trouvé ma voie. Ça a été plus fulgurant avec le cinéma.

Et le mannequinat ? Vous aviez débuté par cette voie-là…

Ça ne m’amusait pas dans le sens où me faire prendre en photo, je n’y arrivais pas du tout. Je n’y trouvais aucun plaisir. Par contre, les casting vidéo, il y avait quelque chose à imaginer, à créer. Et j’avais quelque chose à donner à la caméra que je ne savais pas donner à un appareil photo.

A 42 ans, quelles sont vos envies aujourd’hui ?

Fonder une famille. Et, aujourd’hui être libre de tout : des addictions de la vie, de lire tous les bouquins, de voir tous les films… C’est difficile d’être heureux, mais j’ai un peu une personnalité cyclique. Ça me surprend à chaque fois.

Le mangeur d’âmes de Julien Maury et Alexandre Bustillo avec Virginie Ledoyen, Paul Hamy, Sandrine Bonnaire… Durée : 1h50. Sortie le 24 avril. 

Film Annonce LE MANGEUR D’ÂMES (Virginie Ledoyen/Paul Hamy/Sandrine Bonnaire) (youtube.com)

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