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Numéro 100 en Kiosque

Carlo Capasa : “Le digital n’est pas l’avenir de la mode mais son présent”

Le président de la Chambre nationale de la mode italienne groupement, explique la réussite de Milan et de l’Italie.

Milan maintient depuis toujours son prestige en tant que capitale de la mode italienne et internationale. Comment y parvient-elle ?

Milan est une ville unique dans le panorama des capitales de la mode. C’est la ville qui allie créativité et affaires. Et elle vit un moment magique, une véritable renaissance. La Fashion Week de Milan représente l’œuvre de tout le système de la mode italienne. N’oublions pas que l’Italie est le premier producteur de mode en Europe avec 41%, le deuxième pays après nous est l’Allemagne avec 11%. Cela signifie que pour produire une mode de qualité, on vient en Italie, nous avons une filière qui nous rend uniques au monde.

Comment votre groupement a-t-il fait face aux évolutions du « fast fashion », induites par le phénomène digital ?

La digitalisation, avec la durabilité et le soutien aux nouveaux talents, est l’un des piliers de la stratégie de notre Chambre. Nous travaillons beaucoup sur le thème de la digitalisation à travers diverses activités, de nombreux workshops sur le sujet dédiés à nos membres. Une table ronde sur le digital a été mise en place depuis 2018. Ses travaux ont conduit à la publication d’un guide en novembre dernier. C’est un travail que nous menons depuis longtemps. Le digital n’est pas l’avenir de la mode mais son présent.

Nous savons que votre Chambre syndicale est très proche des nouveaux talents.

Les jeunes talents représentent l’avenir de la mode. Ils sont donc au centre de notre stratégie. Nous les accompagnons à travers différents projets qui leur sont dédiés, à commencer par la mise en valeur des écoles de mode et du système de formation avec Milano Moda Graduate : nous sélectionnons les meilleurs étudiants de nos écoles de mode et par exemple leur donnons la possibilité de défiler pendant la Fashion Week de Milan devant un public international. Egalement nous les mettons en contact avec les bureaux de style des maisons de couture associées à notre Chambre. De là naissent des synergies qui ont conduit de nombreux étudiants à travailler pour des entreprises importantes aujourd’hui. Ensuite, il y a notre Fashion Hub Market, que nous installons lors de chaque édition de Milan Mode Femme, donnant l’opportunité aux talents émergents du monde entier de présenter leurs collections dans un espace dédié. Cela crée indiscutablement des opportunités de networking et business avec la presse et les acheteurs internationaux. C’est un accompagnement continu. Et je crois fermement qu’il est de notre devoir d’identifier, de faire émerger et de soutenir la nouvelle génération de stylistes.

Vous êtes très sensible à la diversité et à l’intégration ?

Je suis convaincu que la mode peut et doit jouer un rôle particulier dans la pratique de l’accueil et de la mixité sous toutes les latitudes. La mode est avant-gardiste et par nature elle est ainsi un miroir de l’époque. C’est pourquoi, sous ses formes les plus variées, elle implique des personnes de diverses ethnies, de cultures et de croyances différentes. C’est une industrie qui touche à notre vie quotidienne, un instrument d’expression  de notre identité et de notre mode de vie. C’est pourquoi l’intégration est une opportunité à saisir avant tout d’un point de vue culturel et social. Le 11 décembre dernier notre Chambre a édité un “Manifeste de la diversité et de l’intégration ».

La Chambre nationale de la mode italienne s’est totalement investie dans le développement durable.

Nous avons mis en place des groupes de réfl exion sur cette question dès 2011. Aujourd’hui la durabilité est un des éléments constitutifs de notre image. Qu’est-ce qui rend un produit durable, par quel processus nous y arrivons … avec des normes complexes pas toujours applicables, en tout cas à la mode. Face à ce scénario, nous avons cherché à identifi er des principes de fonctionnement pour que la durabilité soit effective, sur les matériaux, sur la vente au détail, sur les produits cancérigènes tout comme sur les questions écologiques. Nous partions du fait que l’Italie est le premier producteur de vêtements et d’accessoires. Le luxe se fait pratiquement ici en Italie. Il fallait vraiment créer une culture de la durabilité, à tous les niveaux. Notre responsabilité : ajouter le mot “durable” à “beau et bien fait”. Parce que j’imagine le Made in Italy dans 5 ans.

Un conseil de style ?

Soyez toujours authentique et curieux. Le style ne dépend pas de ce que nous portons, mais de qui nous sommes. L’un des points de notre Manifeste sur l’intégration dit “retrouvons la dimension éthique de l’esthétique”. Cela s’applique non seulement à la mode mais à la vie de chacun de nous. ■

Texte : Karine Patricola – Images : D.R.

Publié dans Edgar n°100