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Jon One, Peintre catégorie Puncheur

L’artiste-star d’origine dominicaine, né dans le quartier d’Harlem à New York a fait sortir le street art de la rue et des ghettos. Ses dernières toiles explosives nous parlent d’égalité, de liberté et de fraternité. Rencontre avec un « ex » graffeur hyperactif qui n’a de cesse de pgrarendre le pouls de son époque.

Crédit Photo Gwen Le Bras

John Andrew Perello, alias JonOne, 56 ans, est l’un des artistes les plus cotés en France où il réside désormais depuis près de quatre décennies. Ce pur produit de la rue new-yorkaise, décoré par la République française et ayant débuté en taguant le nom « Jon156 » se définit aujourd’hui comme un « peintre graffiti expressionniste abstrait » et ne cesse de construire sa légende sans renier son parcours de vie digne d’une vraie « success story ».

Crédit Photo Gwen Le Bras

Jouissant d’une côte de popularité tous azimuts auprès des différentes tranches d’âges et catégories socio-professionnelles, cette belle gueule de la planète art fédère en effet tous les publics avec une aura où affleurent l’émotion brute et les sentiments les plus sincères hors de toute chapelle.

Là est certainement la force et l’ADN unique de sa signature que sont venues très vite chercher des maisons prestigieuses comme Hennessy, Guerlain ou Lacoste. Portées par un rythme effréné, ses œuvres ne sont pas sans rappeler cette évolution radicale de l’univers du métro vers celui des galeries comme Rabouan Moussion et Provost Hacker qui, toutes deux, lui consacrent des solo shows à Paris et à Lille.

JonOne 2020, acrylique et encre sur toile (Photos : Bruno Brouch)

Mais aussi la Fondation Agnès B qui accompagne cette approche allant du support urbain – de l’époque du collectif 156 All Starz à New York en 1984 – à celui de la toile aujourd’hui.

En s’affranchissant très tôt des codes de la culture « graff », l’impétueux artiste – qui aime à dire que « le métro est un musée qui traverse la ville » – dévoile une personnalité libre et échappant à toute catégorie de lecture : « Tous les jours, je peins avec mon ventre, mes tripes : je fais ce que j’aime. Mais je n’ai pas toujours eu la belle vie. J’ai même été homme-pipi à New York. C’était mon meilleur boulot. Je ne veux pas être dans un ghetto de riches, ni de pauvres. Je veux pouvoir jongler avec ces différents mondes» confie-t-il le plus sérieusement du monde.

Crédit Photo Gwen Le Bras

Une gestuelle artistique sans concession.

Depuis son atelier parisien et son autre espace partagé de 350 m2 de Roubaix, JonOne « crache » sa peinture sous un rythme forcené de sportif de haut niveau car ce boulimique de travail exprime une gestuelle artistique sans concession à côté de son inséparable punching-ball dictant ses lois au milieu d’un amoncellements de brosses et d’empilements de pots de peintures éventrés : « Si je ne veux pas exploser, je dois me dépenser physiquement… » déclare-t-il dans un sourire radieux.

Dans un démarquage délibéré de ses pairs, le champion s’est émancipé progressivement des canons du graffiti en conservant toutefois les fondamentaux dont cette rapidité d’exécution et cette projection de couleurs propres à la pratique.

Jon One Exposition Infinity (Photos Courtesy Galerie Rabouan Moussion Paris)

C’est grâce à la rencontre déterminante avec l’artiste et producteur de disque Bando (de son vrai nom Philippe Lehman) que l’autodidacte JonOne, n’ayant reçu aucune éducation artistique académique, débarquera un jour à Paris et développera son sens de l’observation : « Je venais de New York, les gens me voyaient donc comme le représentant du graffiti new-yorkais. Pourtant ce que je faisais n’était pas représentatif de ce qu’ils pouvaient imaginer. J’étais plus free que technique, j’étais dans l’imaginaire. Comme je possédais la technique, je pouvais la laisser derrière moi et créer, mélanger des centaines d’informations, prendre des raccourcis graphiques tout en me laissant porter par la vague… » se rappelle le peintre-puncheur dont les yeux se mettent à briller autant de reconnaissance que d’envie de faire. Avant de libérer un puissant crochet du droit !

www.jonone.com

Par Clément Sauvoy
Publié dans le numéro 101 d’Edgar magazine.