
Cette élégante adresse de la Butler Collection, rendant hommage dans son décor au célèbre explorateur, nous conduit dans la cour de l’Hôtel de la Marine avec une partition aussi ravissante que gourmet. Au coeur de l’été, EDGAR a répondu à l’invitation et vous raconte tout !
Certaines anecdotes sont parfois révélatrices de grands récits. Et celle-ci mérite donc d’être citée. « A t-on des nouvelles de M. Lapérouse ? » dixit le roi Louis XVI, au sujet de son ami explorateur, au moment de son exécution place de la Concorde le 21 janvier 1793 à 10h22. Dans un esprit romanesque, la décoratrice Cordelia de Castellane raconte la vie trépidante du célèbre navigateur et explorateur français en s’inspirant de l’univers de Madeleine Castaing et de Valentino Garavani. Le décor, se fondant entre les deux terrasses coté cour et coté rue, excite immédiatement la rétine avec le mariage des prestigieuses signatures de Fleur de Galard, de l’Atelier Jean Roger, de la Maison Baccarat, de Thomas Boog honorant ici un chic à la française. A notre arrivée, sur le versant Cour d’Honneur, faisant face au restaurant Mimosa, Katia cheffe hôtesse (passée par Casa Luisa) nous conduit avec le sourire jusqu’à notre table réservée en côte-à-côte en surplomb du « Salon du Navigateur ».
Le directeur Enzo (qui s’est distingué chez Mimosa) nous promet une dégustation en sur mesure mémorable. On jubile. Nous serons accompagné durant ce moment de rêve par le chef de rang Sabi (qui a sévi brillamment chez Maxim’s). Ce dernier nous prépare un programme aux petits oignons. Nous ouvrons les festivités avec six gros escargots de Bourgogne (23 euros) en coquille beurre persillé que Sabi accorde tout naturellement avec la délicate cuvée La Grande Dame chez Veuve-Clicquot en millésime 2012. Un début en fanfare ! Dans la foulée, on opte pour la philosophie du partage avec un chapelet d’entrées qui illuminent la table dans un service des plus prévenants et attentionnés. Tout d’abord, le fameux tartare de bar mariné (26 euros) qui nous ouvre l’appétit avec son assaisonnement d’huile d’olive et de citron. On garde le cap avec le fabuleux thon cru (29 euros) qui trouve toute son expression avec sa marinade sirin-soja, son sarrasin torréfié et jalapenos.
Une surprise qui restera gravée dans les mémoires.
Dans le verre ? Le Meursault 2024 de la Famille Matrot pilier de la Côte de Beaune. Un vrai terrain d’émotion. Ce nectar vertical et net claque, file et salive avec son nez d’agrumes confits, sa bouche en tension et ce léger coté craie et fleur blanche. On prolonge le bonheur avec le foie gras de canard fait maison, gelée de Sauternes (32 euros) servi avec le pain d’élite de la Maison Frédéric Lalos Meilleur Ouvrier de France. Grandiose. Pour la soif ? Le princier Pauillac de Latour 2018 (40 euros le verre). Sabi nous soigne et nous gâte avec ce nectar profond et structuré issu d’une sélection des Forts de Latour et de quelques jeunes vignes extérieures à l’Enclos. On se délecte de son nez de fruits noirs mûrs et de sa bouche pure, opulente, riche et corsée. Il est temps désormais de passer à au chapitre du plat et cela requiert le conseil avisé d’Enzo qui nous oriente dans ciller vers le Château Filet (45 euros) sauce au poivre et pommes allumettes. Aussi appelée « Chateaubriand », cette pièce de viande de bœuf de choix est taillée, avec grâce, dans le filet mignon d’une épaisseur de 5 cm.
Le fondant, sous la langue, est à se damner. C’est simplement remarquable. Pour couronner cet instant rare, Sabi nous fait une surprise qui restera gravée dans les mémoires puisqu’il débouche le Pommard 2023 de Rodolphe Demougeot. Qu’on se le dise, on ne pouvait pas espérer mieux. Nous sommes projetés à Meloisey en Hautes-Côtes de Beaunes. Ce magnifique domaine s’étend aujourd’hui sur presque huit hectares avec des parcelles sur les communes de Savigny-les-Beaune, Monthelie et Meursault. Le nectar, expressif et précis offre un très bel équilibre en bouche sous des tannins soyeux en s’ouvrant sur la cerise griotte, la fraise, la violette et le poivre. Quand arrive l’heure du dessert, les délices de fruits entiers garnis à la main de sorbet artisanal de la Maison Fruttini (18 euros). D’un coté le sidérant Citron Verveine. De l’autre, le Fruit de la Passion. Un mot nous vient soudainement en tête : Acmé ! En quittant, les lieux, on se dit que cette adresse délivre une vraie aura pleine de gentillesse, d’expertise et de coeur et que Butler soigne son image dans une humanité qui élève avec tact le client. Car le Café Lapérouse parvient à séduire bien au-delà des belles promesses de sa carte. Brillant !
www.cafelaperouse-concorde.com

Journaliste spécialisé en art contemporain, Clément Sauvoy est également commissaire d’exposition et collectionneur. Cet épicurien globe-trotter, partage régulièrement son amour des vins remarquables.
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