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Design : Aldo Bakker, beautés habitées

Épousant des courbes sensuelles à l’essence organique, les créations saisissantes de ce designer hollandais ensorcellent autant qu’elles échappent à toute grille de lecture. A Paris, la Carpenters Workshop Gallery lui a consacré un sublime solo show sous le signe du « Slow Motion ». Rencontre !

Aldo Bakker Slow Motion

Certains experts diront que la rigueur de son travail est à la hauteur de son opiniâtreté et que sa quête insatiable du sens dans la forme de l’objet le place dans la catégorie de l’hors-norme. En effet, pour ce designer et artiste néerlandais l’expérimentation de la matière et des matériaux puise dans une poésie et une temporalité des plus singulières.

Énigmatiques et douées d’une étrange « beauté habitée » les créations de cet autodidacte – dont le père n’est autre que le fondateur de Droog Design – expriment un langage extrêmement dessiné qui trouve un écho aussi bien au niveau de la rétine que dans les régions les plus reculées de l’esprit. Si bien que les plus belles maisons (Sèvres, Puiforcat, Georg Jensen, Karakter…) ont fait appel à son talent, fascinées par ses objets-bijoux attrape-regards évoquant parfois des sortes de créatures autonomes.

Au sein de cette exposition exceptionnelle, au numéro 54 de la rue de la Verrerie, à Paris, ont été
exposées quelques-unes des plus grandioses pièces (une vingtaine au total) du répertoire de cet ovni de la planète design qui garde en mémoire les années heureuses passées auprès de sa mère la célèbre joaillière Emmy van Leersum (disparu alors qu’il était très jeune) et qui comme lui aujourd’hui avait cette exigence absolue et ce rapport filial à l’objet.

Une vision faisant de l’épure un manta

Flirtant avec l’extraordinaire, les familles de pièces-sculpture du très réservé Aldo Bakker privilégient la lenteur, échappent à toute théorie et débordent largement le cadre du design stricto sensu car ici la recherche de la fonctionnalité, presque secondaire, arrive après. A 48 ans, le travail du designer-star – qui a été très influencé par des personnalités comme Carlo Mollino, Francesca Torzo, Carlo Scarpa, Terunobu Fujimori, Isamu Nogushi – a été montré dans les plus prestigieuses institutions (Mudac, Centre Pompidou, Zuiderzeemuseum d’Enkhuizen, Victoria and Albert Museum, Central Museum d’Utrecht…).

La Carpenters Workshop Gallery rend ici hommage à un homme et à une vision au raffinement suprême faisant de l’épure un mantra revisitant les arts décoratifs dans un mystère s’exerçant aussi bien sur un tabouret, une console, une carafe ou une saucière. Semblant presque se mouvoir, les formes amicales inattendues qu’il façonne apparaissent de façon quasi accidentelle et évoquent un vocabulaire archétypal présent dans la mémoire collective.

Animées d’une personnalité et d’un caractère propres, elles laissent ensuite à l’usager le soin de décider de leur fonction et de la théâtralité sous-jacentes. En mot de la fin Aldo nous confiera ceci : « Le détail, même invisible permet à l’objet de trouver toute sa cohérence. Chaque objet vit sa propre vie. Aucune pièce n’a de raison d’exister, rien n’est nécessaire. Elle ne trouve sa raison d’être que dans la mise en danger de soi-même, de l’envie d’apporter un peu plus de sérénité et de bien-être ». Amen !

Par Clément Sauvoy

www.aldobakker.com
www.carpentersworkshopgallery.com