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Interview Raphaël Personnaz

Raphaël Personnaz. Photo : Fabien Campoverde

« Être comédien, c’est accepter une forme de solitude et de rejet. »

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso
Photos par Fabien-Campoverde et Frédéric Berthet

 

Dans la très soignée série Opéra sur OCS, il campe un directeur de la danse de l’Opéra de Paris dont les exigences explosent au contact d’un somptueux terrain miné. Raphaël Personnaz y brille au cœur d’une distribution chorale. Rencontre avec le comédien en direct de Lille dans le cadre du Festival Séries Mania.

 

Une série située au cœur de l’Opéra de Paris qui, nous dit-on en préambule, ne saurait « refléter la réalité de l’Opéra National de Paris ». Sur quel pied danser avec Opéra ?

La série a à voir avec ce qui se passe dans notre société surtout. C’est cela le plus intéressant : prendre une institution que tout le monde connaît, respecte et ignore en même temps, entrer par la petite porte et se dire que les conflits sociaux, syndicaux, artistiques, sont un peu le reflet de notre société. Quant à mon personnage, fraîchement promu, il a à dealer avec le pouvoir, les conflits artistiques, humains… C’est la première fois que je fais une série sur huit épisodes comme ça. J’ai eu le temps de développer.

Raphaël Personnaz à l’Opéra Garnier. Photo : Frédéric Berthet

Vous avez beaucoup maigri pour le rôle. Mais pour l’esprit ? Êtes-vous allé fureter dans les coulisses du Palais Garnier ?

J’avais déjà eu la chance de faire un film de Ralph Fiennes sur Noureev. Je connaissais un peu l’univers de l’opéra. Là, j’ai vu pas mal de documentaires comme La Relève qui parle de Benjamin Millepied. Et puis, j’ai eu la chance de dialoguer avec des danseurs étoiles. Ce qui est déjà énorme. Nous avons pu également tourner dans l’enceinte de l’Opéra Garnier, sur les toits, le grand escalier.. ce qui a apporté beaucoup au réalisme. J’avais vécu ça avec Quai d’Orsay : lorsque vous vous retrouvez en décor naturel, vous vous immergez plus facilement. Cela évite de surjouer. Aujourd’hui, quand je passe devant l’Opéra en scooter, j’ai toujours l’impression d’en être le directeur. Je n’ai pas décroché.

Quel œil portez-vous sur l’art très « sacrificiel » de la danse classique ?

Il y a une exigence artistique incroyable. Ce n’est pas seulement une performance sportive. C’était frappant de voir tous les danseurs s’entraîner pour la série deux mois avant le tournage. Leur rigueur, leur abnégation, leurs blessures aussi. Il y a eu énormément de blessés pendant le tournage mais ça fait partie de leur quotidien. Chez les acteurs, ça se passe à un autre endroit. L’émotionnel peut nous dépasser plus qu’on ne le croit. Être comédien, c’est accepter une forme de solitude et de rejet. Avant d’être reconnu, c’est 95 % de refus. Tout le temps.

L’Opéra, Victoria Production, OCS, Raphaël Personnaz et Yannick Renier à l’Opéra Garnier. Photo : Frédéric Berthet

Un beau cadeau pour un comédien, une série…

Au risque de faire dans le lieu commun, vous allez dans des nuances que ne vous autorise pas un film d’une heure et demie. Je le vois bien avec le premier épisode où nous apparaissons tous de manière très brute. Ensuite, le trait s’adoucit. Il y a aussi cet échange presque en temps réel avec les scénaristes. Opéra, c’est un tournage de cinq mois, interrompu en plus par la Covid. L’échange a été constant. Là, nous nous retrouvons tous sur la saison 2.

La crise que traversent les salles, l’explosion de la VOD, la nouvelle politique des studios… Cela fait-il trembler les acteurs ?

J’ai du mal à être définitif. Tout est en train de changer. Tout est très mouvant. Pendant le confinement, je me suis abruti jusqu’à l’écœurement de séries et de films. Retourner au cinéma m’a apporté une joie que je n’avais pas connue depuis longtemps. Je suis allé voir Bac Nord, La Loi de Téhéran… Cette expérience collective est irremplaçable. Après, j’ai l’impression que nous arrivons à un moment où le cinéma va être réservé à une catégorie de longs-métrages : du divertissement, les Marvel, trois ou quatre films à Oscars pour la forme… Ce qu’on appelle les « films du milieu » seront récupérés par les plateformes ou les séries. Aux États-Unis, c’est flagrant.

Petite question Séries Mania : la ou les séries de votre choix ?

Soprano depuis toujours. Succession avec Brian Cox que je trouve vraiment balaise. Dans un genre plus léger Mon Comeback avec Lisa Kudrow. Chez les Français, Le Bureau des légendes et Hippocrate. Je les ai dévorées toutes les deux.

L’Opéra nouvelle série OCS Originals à partir du 7 septembre.