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Au Berkeley, la flamme ravivée

Sur l’avenue Matignon, cette brasserie historique est le point de ralliement de galeristes, de collectionneurs et d’une clientèle d’affaires qui ont en fait, depuis un siècle, un lieu de rendez-vous privilégié. Depuis sa récente reprise, la vibrante adresse amorce sa mue autour d’une partition culinaire raffinée. EDGAR vous raconte tout cela. En piste !

A deux pas des jardins des Jardins des Champs Elysées et jouxtant la salle de ventes Christies, le Berkeley jouit d’un emplacement exceptionnel dans le Triangle d’Or parisien. Depuis sa grande terrasse, on touche du doigt la célèbre galerie Skarstedt et le prestigieux restaurant étoilé Le Gabriel. Son décor enveloppant et son élégance feutrée avaient convaincu Visconti, en son temps, qui s’y rendait régulièrement. La faune des théâtres environnants a également participé a écrire l’histoire illustre de ce restaurant (travaillant main dans la main avec le Meurice et le Bristol) connu pour sa cuisine aux accents bourgeois. Dernièrement, deux hommes inspirés ont entrepris d’écrire la suite. Paul Bouillin-Tardy (passé par la case Ducasse et chez Loulou) et Baptiste Masson (ex de chez Accor), en tandem de choc, amorce le chapitre du renouveau et de la renaissance avec panache sous un angle nouveau. A notre arrivée, le manager Aniss (passé par le Ralph’s, Coco et Girafe), son assistant Pol Collet et le chef de rang Helder nous réservent un accueil des plus chaleureux.

Rien de mieux que s’immerger en douceur dans le menu en débutant les festivités avec de sympathiques  starters dans cette « cuisine de liens ». On opte pour la petite friture d’éperlans (14 euros) dont le nom vernaculaire nous fait penser à cette espèce potamotoque passant l’essentiel de son cycle de vie en estuaire mais capable de quelques migrations littorales. Avec cela, pour préparer en beauté le palais, on retient les nems de gambas (20 euros) servis par quatre. Les mocktails ayant la cote en ce moment, on teste la ravissante création « Baies Rouges » (17 euros) à base de cranberries, d’ananas, de purée de fruits rouges et de jus de citron. C’est franchement plaisant face au pianiste qui nous régale de son talent. Il est temps de mettre la gomme sur les entrées dont chaque intitulé prometteur nous fait instantanément saliver. C’est parti pour le bar en sashimi, lèche de tigre au yuzu (25 euros). Le plat aérien nous cajole de ses parfums d’extrême fraîcheur qui nous placent sur un nuage d’enchantement. Chic, fine et délicate, cette étape de la déambulation ouvre de belles perspectives. La discussion s’ouvre progressivement sur des territoires de joie et de félicité. C’est exactement ce que nous recherchons en ce début de weekend. Dans le verre ? Un magnifique Sancerre « Le Chêne Marchand » de chez Pascal Jolivet (17 euros le verre).

Un plat garant de notre entrain.

On savoure ce Sauvignon Blanc sec douée d’une intéressante complexité se dévoilant dans sa salinité et son fruité. On est, géographiquement parlant, sur les vieilles vignes au sol calcaire de la commune de Bué. On salue cette vinification vertueuse sur ce terroir merveilleux reposant sur la presse légère en gardant uniquement les jus de goutte et coeur de presse. Sans hésiter, nous retenons, pour notre plat principal un poisson qui sera garant de notre entrain et de notre insatiable curiosité. Aniss nous avait hautement recommandé le bar rôti, velouté d’oignon caramélisé et huile aux herbes (38 euros). Il ne s’est pas trompé car le plat nous comble et prolonge notre euphorie sans fausse note. En matière de garniture, on compose le tryptique suivant : épinards frais, pommes purée et haricots verts. Sur l’accord, on demande à explorer au verre le charmeur Auxey Duresses 2023 du Domaine Billard&Fils (17 euros). Ce 100 % Pinot Noir offre un nez expressif marqué par la cerise et la framboise avec des notes légèrement épicées et parfois florales.

La bouche, souple et équilibrée, s’entend sous des tanins soyeux. La finale persistante laisse une impression de fruit croquant. On aime le sérieux et la philosophie raisonnée de ce domaine viticole familial situé à la Rochepot au coeur des Hautes-Côtes de Beaune fondé dans les années 30. A l’instant du dessert, on se dit que l’exploration doit s’exprimer dans le partage. La séduisante tarte fine aux fruits de saisons (15 euros) l’emporte à plate couture sur la gracieuse île flottante. Le dilemme ne fut pas simple à surmonter. On cède à la tentation de la crème glacée de Philippe Faure dans un arc-en-ciel pistache-noisette. Amen ! En quittant les lieux, on se dit que cela faisait longtemps que l’on avait pas eu droit un service aussi remarquable. On le répèrtera jamais assez, le service c’est le nerf de la guerre, l’essence de tout, en tout. Et rien que pour cela, on fait du Berkeley notre nouveau QG !

www.leberkeley.com