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Antonin Chartier, sacré hauteur de vue

Lui a 32 ans, son associé Sacha Bostoni 34 ans, depuis 10 ans, les deux barbus bousculent l’univers de l’optique en offrant, dans 60 boutiques en nom propre, sous la marque Jimmy Fairly des lunettes de mode et des verres de haute qualité, à prix mini.

Le tee-shirt noir ajusté, la carrure d’Antonin et son maintien esquissent davantage une allure d’athlète que d’homme d’affaires sanglé dans un costume. Pas son style ! Pas le style d’une flopée de PDG à peine quarantenaire qui, mine de rien, change la donne et l’esprit du monde dit des affaires. De fait, ce presque jeune homme au corps sculpté et à la poigne franche affiche un passé de volleyeur susceptible de devenir pro doublé d’un mini-parcours à la fac de psycho de Toulouse. Les jambes et la tête. Si les salles de volley lui ont forgé un mental, les amphis l’ont vite barbé, même s’il reconnaît « que les notions de psy lui facilitent l’approche et la compréhension des autres ». Antonin n’a alors qu’une idée fixe : créer son entreprise. « Je voulais me frotter à la réalité, l’affronter comme j’affrontais les équipes adverses ». Il cherche des idées, traque les bonnes pistes. Jusqu’à tomber sur l’annonce d’un concours organisé à Toulouse « Startup Weekend ». En soixante-douze heures, il peaufine son dossier. En sport-école, ses coach lui ont enseigné les bases de la préparation mentale, il va les appliquer pour gagner. Bien joué ! Vainqueur devant trente candidats : Antonin Chartier ! « J’ai trouvé le nom de mon enseigne quelques minutes avant de défendre mon dossier face à une fille savourant une glace fairly nut de Ben & Jerry’s. Fairly équitablement en anglais- ça a fait tilt.

J’ai ajouté Jimmy en l’honneur de James Dean. Lors de ce « Startup Weekend » Antonin rencontre Sacha, ancien d’HEC, organisateur du concours et un membre du jury Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi, cagnotte en ligne. « Startup weekend m’a offert une visibilité immédiate et des réseaux. En 24 h, Sacha et moi étions associés. Et, très vite, Céline Lazorthes convainc un investisseur de nous suivre, avec un apport de 200 000 €. Le jackpot, un cadeau de noël, le 24 décembre. Comme dans un conte. » De quoi lancer Jimmy Fairly en développant l’idée équitable de « Buy One Give one », une paire achetée, une paire offerte à l’ONG Restoring Vision. Antonin tenait à cette approche, peut-être parce que sa maman a travaillé dans des associations humanitaires. Depuis son lancement, Jimmy Fairly ayant vendu quelque 300 000 paires de lunettes, 300 000 personnes démunies ont été équipées de loupes adaptées à leur vue.

Opticien pionnier sur internet, Jimmy Fairly se casse les dents, mauvais timing, mauvaise approche. Les chiffres ne décollent pas. Antonin analyse cet échec, comprend qu’acheter des lunettes reste un acte « médical » nécessitant conseils, confiance et dialogue. Il jette alors son dévolu sur un espace donnant sur rue : « un placard près de la gare de Lyon mais qui très vite rapporte bien plus que le site ». Alors, en mai 2011, Antonin et Sacha placent leurs quelques sous dans un bel emplacement 64, rue Vieille-du-Temple. Les ventes s’envolent. « On a surfé sur la vague, imaginé des lieux cool où les gens flânent comme dans un concept store. Depuis, nos soixante boutiques déclinent le même design, gai, sexy, conçu en interne. » Jimmy Fairly se soucie autant du bien-être de ses 250 salariés que de celui de ses clients. Aucun ostracisme, aucun jeunisme. La marque s’adresse aussi bien à un ado qu’à un bourgeois septuagénaire. « Nous embauchons des opticiens, des vendeurs heureux de travailler dans un univers décalé, fashion. Nous veillons à la parité, la diversité de sexe, d’âge, d’origine, à la formation et l’évolution de chacun. » En dix ans, les lunettes Jimmy Fairly, entre 99 € et 149 €, verres correcteurs compris, dessinées et assemblés en France, garanties un an, même contre les rayures ont bouleversé la donne d’un secteur campé sur ses certitudes. « Nous avons eu la chance de croiser la route de personnes qui ont cru en nous comme Experienced Capital Partners de Fréderic Biousse et Elie Kouby. Grâce à eux, qui injectent des fonds et les conseillent quasi au quotidien, Jimmy Fairly ouvrent de nouveaux magasins, en France et à l’étranger, acquiert, première entreprise à le faire dans le monde, une machine pour monter des lunettes correctrices en vingt-quatre heures, » Dix ans après le démarrage de sa boîte, Antonin arrive toujours au bureau vers 8 h pour consulter les courbes de ventes, élaborer des plans marketing laissant à Sacha les secteurs plus opérationnels, les achats, les ateliers, l’informatique, qu’il adore depuis qu’il est môme. Toujours copains, heureux en fin de journée de se retrouver dans un bar avec des potes, de disputer une partie d’échecs. Sans qu’Antonin ne chausse des lunettes. Il ne porte que des solaires Jimmy Fairly of course.

Texte : Anne-Marie Cattelain-Le Dû