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Apocalypse Bond

La signature cinéma d’Edgar a vu Mourir peut attendre et y a réfléchi une grande partie de la nuit. Constat. Le 28 septembre, la presse nationale ainsi qu’un nombre conséquent de fans ont pu apprécier le dernier James Bond, Mourir peut attendre, lors d’une double avant-première à Paris à la fois au Grand Rex et sur les Champs Élysées.

Les premières critiques sont tombées aux premières lueurs du jour.  À chaud. Trop à chaud peut-être. Avec une cruauté parfois étonnante pour une corporation qui trop souvent se pâme devant ces séances de torture visuelle et narrative que sont les films de super-héros.

Traversée (peu tranquille) de la jolie ville de Matera en Italie. Photo : Nicola Dove

James Bond aurait fait son temps souffle-t-on du côté des tristes sires et leurs sœurs. Cela, on le savait déjà bien avis la soûlante Covid qui a bloqué la sortie du film pendant plus d’un an et demi. Trop de « virilisme » et d’alcool fort pour les thuriféraires du sans viande et des arbres à chat. Il est vrai que sur certains plans, le sec Daniel Craig a un côté orange fanée sous le soleil de Californie. Mais de là à le jeter aux enfers de la modernité…

Comment en dire assez sans en dévoiler trop ? Ni en faire trop ? Disons que Bond retrouve Madeleine Swann (Léa Seydoux, comme étourdie en permanence par les enjeux du film) pour remettre en question et en tandem tout l’univers de la franchise.

James avec la forcément très jolie espionne cubaine Ana de Armas. Photo Nicola Dove.

Fatigué, l’agent 007 est remercié par le MI6. Il est remplacé par Nomi, une femme noire combative (Lashan Lynch, croisement étonnant entre la star de la blaxploitation Gloria Hendry et Puff Daddy). Quant à M (Ralph Fiennes encore), gagné par l’embonpoint et porté sur la bouteille, il ne peut plus l’encadrer. Ajoutez à ce British Band, un Q (Ben Whishaw toujours) « sorti du placard » et une espionne cubaine, Paloma (Ana de Armas, qui a dû voir monter sa côte sur IMDB de 1000 % dans la nuit), que n’aurait pas renié Gérard de Villiers, le père de Malko Linge.

Du réalisateur Cary Joji Fukunaga, les spectateurs ont principalement retenu la magistrale première saison de la série True Detective. Ainsi que le premier chapitre du Ça de Stephen King, savamment horrifique.

Mourir peut attendre est une autre paire de manches. Du fait de l’héritage d’une saga cinématographique aujourd’hui « vieille » de 60 ans mais toujours aussi fructueuse. Et du statut d’un héros concurrencé par un maelstrom de justiciers en collants et d’amazones ultra-modernes. Telle la clovisse à son rocher, 007 s’accroche à une image de l’homme que beaucoup aimerait voir effacée (« canceled » aboient les facs américaines). Certes, il est faillible. Son regard se trouble et sa voix se brise sous l’émotion face à Madeleine/Léa (Quel est le goujat qui demande pourquoi ?). Et dans une scène magistrale d’action – Mourir peut attendre en compte plusieurs : en Italie, en bateau, en forêt… -, l’agent secret est à la traîne comparé à ses féminines acolytes qui se jettent dans la bagarre avec la frénésie d’un samedi de soldes.

James Bond alias Daniel Craig va-t-il relancer la mode des bretelles ?

Le « méchant », Lyutsifer Safin (Rami Malek, revenu de Freddie Mercury), brille plus par ses intentions destructrices que par une personnalité réellement travaillée. Son objectif : à cause d’un virus, ronger l’ADN de la planète entière. Pas besoin d’être « complotiste » pour savourer le timing exact – quoique malheureux – entre le scénario et la réalité.

Mourir peut attendre est un film massif, hybride. Compact comme confus parfois. Shakespearien de par ses accents et « bis » par moment. Progressiste ou incorrect selon les instants. Truffé de clins d’œil malins à la saga. Tragique et assurément brillant. Sa durée inédite (2h43) file à la vitesse d’une balle de Walther PPK et son final rentrera forcément dans l’histoire. Vous sortez groggy du film comme d’un après-midi au pub. Après avoir ingurgité de tout et un peu de n’importe quoi. Mais avec en tête déjà le souvenir des meilleurs moments passés. Et la nostalgie des amitiés qui s’éteignent.

Et, c’est promis, la fin du générique annonce : James Bond reviendra.

Jean-Pascal Grosso

Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga, sortie le 6 octobre.