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Aurélien Recoing « J’aime beaucoup les métamorphoses. »

Double actualité pour le comédien. Il joue un policier misogyne dans la France des années 60 pour Isabelle Doval dans le téléfilm Deux femmes. Au cinéma, il est à l’affiche du thriller Boîte noire avec Pierre Niney et Lou de Laâge à sortir mercredi.

DANS BOITE NOIRE AVEC PIERRE NINEY ET LOU DE LAÂGE Photo © WY PRODUCTIONS 24 25 FILMS

Dans Boîte Noire, vous jouez un sémillant entrepreneur dans l’aviation. Pour Deux femmes, vous vous êtes grimé en une sorte de Maigret austère. Aimez-vous à ce point le côté Fregoli du métier d’acteur ?

J’aime beaucoup les métamorphoses. Pas en termes de composition. Plutôt comment un personnage vous habite. Et comment avec les scénaristes, les metteurs en scène, il se construit. Il y a beaucoup de morphopsychologie dans ce métier. La manière dont un rôle peut changer votre tête, votre corps, votre façon de parler, de regarder… C’est clair que j’adore ça.

 Voyez-vous une grande différence entre le cinéma et la télévision ? La frontière est de plus en plus ténue…

Il peut rester une différence d’un point de vue purement économique. Là, je viens de venir un projet avec Jean-Marie Besset, en Occitanie, sans vraiment de budget. Si vous le comparez à Deux Femmes, le film d’Isabelle Doval devient richissime ! Le pont qui se crée est principalement artistique. Là, les deux formes se rejoignent : raconter une histoire par l’œil du cinéaste.

 Jamais las de ce métier ?

Non. Sincèrement, je suis toujours à l’affût, intéressé par les projets en eux-mêmes. Je cherche ce qui peut être nouveau pour moi, qui me différencie de ce que je fais d’habitude. J’ai toujours ce désir d’habiter d’autres personnages. J’ai la chance de ne pas les solliciter. Ils viennent à moi. Je veux être surpris, pas forcément susciter. Dans les propositions que me font les metteurs en scène, à l’écran comme au théâtre, il y a des rôles qui fonctionnent, par lesquels je me sens attiré, et d’autres qui tombent. Je reste stoïque.

Il joue le rôle d’un policier misogyne dans le téléfilm Deux Femmes

Le commissaire Faurens, que vous incarnez dans Deux Femmes, n’est pas de tempérament très affable. Déterminé mais pour de mauvaises raisons. Comment l’avez-vous préparé ?

Deux femmes est inspiré d’un fait réel. Je suis donc vite allé voir les documentaires sur cette histoire. Je suis moi-même un enfant des années 60. Ça m’a rappelé beaucoup de choses. Je me suis inspiré de figures masculines que j’ai pu rencontrer à l’école, dans ma famille… Immédiatement, je me suis cristallisé dans le projet. Au-delà du personnage. C’est une plongée dans la France du XXe siècle, mais qui a de larges échos avec ce que nous vivons d’aujourd’hui. Comme je suis très sensible aux faits sociétaux, ça m’a paru évident de m’y engager. Faurens, du fait de la vie de l’époque, de comment les hommes sont sortis de la guerre, est un personnage lourd, taiseux, marqué. Mais un bon flic à priori. C’est sa psychologie qui lui fait faire fausse route.

 Boîte noire sort cette semaine sur le grand écran. Croyez-vous en l’avenir des salles de cinéma ?

Dès le début, je n’ai pas compris ce qu’il se passait avec les salles de cinéma. Il n’y avait pas un seul cluster. Les exploitants de salles comme de théâtre avaient été très professionnels, très attentifs. J’étais contre la fermeture. J’ai trouvé ça absurde. Il y a peut-être d’autres raisons qui m’échappent. C’est mon point de vue alors que je suis très discipliné : masqué, vacciné, suivant les règles du pass sanitaire… Nous sommes dans une situation très préoccupante. Par exemple, je cherche à monter un film et c’est très compliqué. Pour les distributeurs, il reste encore plusieurs centaines de films à sortir. Il faut garder espoir. Le public retournera bientôt au cinéma en masse. Il veut qu’on lui raconte des histoires. Et pas seulement devant un écran plat.

 Vous vivez aux États-Unis. Un choix étrange pour un comédien français. Vous voyez-vous y faire carrière ?

Je vis dans le Maine. Assez loin des grandes scènes de New York et Boston. L’Amérique, c’est plus un projet de vie que professionnel. Même si j’ai un manager à New York. Je passe des auditions. J’ai fait un projet avec la Warner mais en Australie. Peut-être que des choses se présenteront. Cela fait sept ans que j’y vis avec ma famille. La culture aux États-Unis est très enrichissante, particulièrement en Nouvelle Angleterre. Je m’y sens de plus en plus à l’aise. C’est un pays où vous pouvez être à la fois plombier et professeur de danse. Tout ça avec grand professionnalisme. Ce que j’adorerais, c’est de monter un laboratoire de théâtre dans l’Opera House du petit village où j’habite. Mais jamais je n’ai pensé que l’herbe serait plus verte là-bas.

Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso

Deux Femmes d’Isabelle Doval diffusé le 6 septembre sur France 2.

Boîte Noire de Yann Gozlan au cinéma le 8 septembre.

 

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