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Thalie, levée de rideau

Dernier né du groupe Mavrommatis, ce restaurant-écrin, lové au coeur du Théâtre du Palais Royal, propose une cuisine grecque juste et généreuse. La décoration intérieure, aux tons poudrés, signée Régis Botta, plonge le client dans un univers délicieusement onirique. EDGAR vous fait le récit d’un diner au sommet  !

Certains lieux, pour des raisons qui nous dépassent, échappent parfois à toute étiquette. A mi cheval entre la grammaire évanescente de la gastronomie et la poésie visuelle des arts vivants, cette adresse insolite à la nature fantasmée célèbre la folie douce de la comédie à travers un décor théâtral à la beauté envoûtante pensé par le brillant architecte ensemblier Régis Bota (à qui l’on doit notamment le Baobar, le restaurant Mr Chow du Panda Panda Group ou encore l’Eskal rue des Mathurins) rend un hommage à feu Andréas Mavrommatis alias « Mavro », grand chef étoilé à la renommée internationale disparu trop tôt le 14 mars dernier. Sise dans « le jardin des Rois » et donc chargée de symboles, la dernière ouverture en date de l’illustre chef marque les 45 ans d’une carrière hors norme en popularisant la cuisine chypriote à travers 5 restaurants et 10 boutiques à Paris. Une signature, une époque et une popularité unanimement saluée par le monde de la gastronomie mondiale. Ceci étant dit et à bon entendeur… Passé l’entrée du 38, rue de Montpensier, on savoure cette réinterprétation moderne et lumineuse du théâtre antique grec via des perspectives inattendues venues de discrets jeux de miroir et d’élégants motifs en référence aux célèbres codes du damier rappelés, de manière renversée, au plafond .

Les banquettes en gradins et l’éclairage évolutif accompagnant la journée s’inscrivent dans « une approche de décors plutôt que de décoration où la lumière est pensée comme une matière que l’on peut sculpter» précise Régis Botta. Nous sommes accueillis par la charmante directrice du restaurant Eva Haranczyk (qui opère aussi au Délices d’Aphrodite) avec la bonté hellénique qui a fait l’aura unique de la Maison Mavrommatis depuis 1981. Nous avons hâte de plonger dans cette nouvelle scène gastronomique à « l’heure suspendue », aux reflets cuivrés, du coucher du soleil. L’exploration sera plurielle, il faudra opérer des choix sur une carte aussi riche qu’inspirante de pure essence méditerannéenne. Nous sommes attablés exactement ( n’est-ce pas tout de même intimidant ?)  sous les planches de la scène du théâtre du Palais Royal et l’établissement de 36 couverts (auxquels s’ajourent 56 autres extérieurs) accueille, à cette heure, le public des premières séances. Derrière les fourneaux, le jeune chef Maxime Mirol  avec ses équipes nous concoctent quelques belles surprises nous dit-on. On se lance avec une magnifique composition de trois entrées de partage. Le thon rouge, façon tataki, houmous, pois chiche légumes et pickles livre une fraîcheur remarquable en bouche reposant directement sur la qualité du produit en provenance de « Censier », le sacro-saint repère et point-névralgique  de Mavrommatis.

Une ambiance joyeuse à la sérénité cossue.

Ensuite, ’oeuf bio pensé comme un œuf mollé avec fondue d’aubergines, feta AOP grillée et rapée, ciboulette réconforte l’esprit. Le poulpe à l’huile d’olive, lui, apporte dans la foulée sa note de plaisir immédiat avec l’onctueuse Fava (Louvana), tomate confite à l’origan et à la cébette. Dans le verre ? Le Xynesteri de la Maison Ezousa. On aime la sapidité de ce blanc sec mettant en lumière ce beau cépage indigène de Chypre. Dans le prolongement gustatif, nous testerons les fameuses Gambas travaillées dans une sympathique symphonie mariant épeautre cuisiné comme un risotto, gambas flambées à l’ouzo, légumes croquants et jus au basilic. Une pure merveille que l’on va accorder avec un agréable Gentilini Robolo de Kefalonia 2025. Ce vin harmonieux aux arômes de thé vert et agrumes dévoile des nuances de craie. La finale est sublimée par une minéralité élégante. Coté viande, Eva nous invite à découvrir l’immanquable Magoulpo Stifado plébiscité par la clientèle. En effet, cette joue de bœuf confite « fait le show » en se présentant sur un lit de légumes de saison, petits pois et pistaches sauce stifado.

 Absolument jouissif, ce plat fond littéralement sous la langue. On le fera dialoguer avec un verre de Xinomavro Single Vineyard 2020 Foundi Estate. On apprécie ce nectar de la région de Karaoutsa à Nea Strantza au coeur de la région viticole de Naoussa. Ce vignoble ce situe à exactement 200 m d’altitude sur un sol limono-sableux apte à faire ressortir toute la complexité de ce cépage offrant un bouquet de fruits rouges murs, d’épices et de bois. A l’instant du dessert, on fera le choix de tester une pâtisserie (les mêmes servies sur la table étoilée du 42 rue Daubenton) de la vitrine du restaurant. Ce moment de tendresse clôt en beauté cette dégustation sous la houlette  Thalie, muse de la Comédie au coeur généreux. En quittant les lieux, on se dit que ce restaurant-écrin nous dessine comme  un avant-goût des vacances car l’on se sent rassérénés avec des assiettes  ne versant pas dans l’esbrouffe coté prix et avec des équipes qui prodiguent de nombreuses attentions aux clients dans une ambiance joyeuse à la sérénité cossue. L’alchimie de ce décor romantique et de ses exquises compositions scéniques n’y sont sans doute pas pour rien.

Prix du menu Plat-Entrée-Dessert : 48 euros www.mavrommatis.com