
Biberronés aux saveurs du Sud, les deux compères Jules et Félix se font un nom à quelques minutes de la Gare du Nord. Portée par des assiettes fringantes pleine de convivialité, la carte fait la part belle aux producteurs français engagés. EDGAR s’est glissé dans cette parenthèse gourmande le temps d’un diner !
Les 85 couverts du 5 rue des Petits Hôtels, au coeur de cette vibrante adresse du 10 ème arrondissement (ouverte du lundi ou vendredi) ne connaissent pas la crise. Il faut dire que les clients font ici parfaitement confiance aux inspirations de ce tandem de chefs, alias Jules Behar et Félix Barthe, dont ils ont appris à connaître les codes chez Gargouille (à 17 minutes de là à pieds). Les deux copains, âgés respectivement de 32 et 26 ans, célèbrent avec brio la myriade de saveurs venues du bassin méditerranéen dans un esprit de partage qui fait recette. Et puis, il y a ce décor soigné mais sans effet de manches, à la lumière rasante, dans lequel on se sent bien qui nous rappelle que l’âme d’un lieu tient parfois à peu de choses. L’alchimie semble se faire tout naturellement sans grand effort apparent. La playlist est enveloppante et la faune attachante. On apprendra par la suite que le lieu fut, au mitan années 90, un joyeux restaurant-cabaret. A notre arrivée, nous sommes accueillis avec le sourire par la directrice Emma qui a opéré un temps au sein du MOB Hotel de Saint-Ouen.
Elle nous place à une table avec banquette confortable donnant sur la salle et le bar. Et nous confirme que le chef sommelier Gabriel veille à garantir une carte de vins de belle tenue. Heureuse nouvelle mais à voir, à suivre… On attaque les festivités avec, en apéro, une ravissante focaccia dont on apprécie les lardo di Colonnata avec sa crème de citron et noisette (9 euros) suivie des fameux blinis (10 euros les deux pièces) qui nous bluffent avec son carpaccio de daurade, tarama, shizo et riz soufflé. Dans le verre ? Le plaisant vin grec Sarris mettant à l’honneur le cépage Robola of Kefalonia sous des notes de craie, d’ardoise et de cailloux. Quand sonne l’heure des entrées, le mode partage s’impose avec le fabuleux tartare de canard (15 euros) pensé dans l’heureux mariage de guanciale, coeur de canard, babaganoush et jus corsé. C’est engageant à souhaits. La seconde entrée prolonge l’étonnement avec le subtile carpaccio de poulpe (16 euros) faisant jongler, au palais, pomme épine vinette, anchois et safran.
Une pure merveille de goût et de tendresse.
Le Sud prend littéralement le pouvoir. Pour la soif ? Le magnifique Domaine de la Taille aux Loups 2024 nous conduisant à Montlouis sur Loire vers les Hauts de Husseau. On aime particulièrement le coté « pièces rouges », légèrement métallique de ce 100 % Chenin. Nous sommes déjà au chapitre des Plats et la lotte aux fenouilles et jus bouillabaisse (30 euros) nous fait un appel du pied mais on opte finalement pour le tournedos d’agneau qui marque des points avec ses fèves jaunes, ses asperges, son jus d’agneau et surtout sa harissa cacahuète (35 euros). Ce plat est une pure merveille de goût et de tendresse. On décide de faire l’accord cette fois-ci avec un Xinomavro Jeunes Vignes Thymiopoulos. Ce nectar souple et fruité fait admirablement le job. On nous a proposé sinon (il faut le signaler et on apprécie ce geste élégant) l’intéressante cuvée Estelum du Domaine de Cantaussel en Minervois.
Les heures filent et le moment sacré-sucré du dessert nous invite à ne pas relâcher notre concentration. Le verdict tombera sous deux intitulés au charme irrésistible. D’une part la Fraise Rhubarbe (12 euros) qui caresse nos papilles avec son sorbet fraise aneth, pickles de rhubarbe, fontainebleau poivre timut, crumble et fraises. D’autre part, l’incorrigible glace fleur d’oranger (8 euros) accompagné d’un verre de vin Orange Cirrus Macération 2022 du Val de Loire un peu épicé mais pas trop déviant car pas trop marqué « Nature ». Ce dernier souligne, à la perfection, les arômes de praliné pistache, de caramel beurre salé. C’est grandiose, c’est solaire, qu’on se le dise. En quittant les lieux, on se dit que le sympathique Cagnard enflamme avec amour les attentes des foodies en maniant l’inattendu et la créativité dans des assiettes franches, ciselées dans des associations judicieuses et sans folklore. La formule « Marché » le midi (avec le plat seul à 20 euros) illustre la volonté d’offrir une heureuse polyvalence, à prix bien tenu, dans la spontanéité. Sous le soleil, exactement !

Journaliste spécialisé en art contemporain, Clément Sauvoy est également commissaire d’exposition et collectionneur. Cet épicurien globe-trotter, partage régulièrement son amour des vins remarquables.
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