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Numéro 97 en Kiosque

Timothée Boitouzet, WOODOO 

Engagée pour plus d’écoresponsabilité dans l’industrie, la démarche de Timothée Boitouzet est un subtil alliage d’innovation technologique et de militantisme écologique. L’idée ? « Transformer le matériau le plus vieux de l’histoire en matériau de science-fiction. » Avec WOODOO, entreprise écotechnologique fondée en 2016, le Parisien apporte une solution pertinente au renouvellement des matières premières en utilisant une version mutante du bois. La firme développe une technologie pionnière qui renforce le bois à l’échelle moléculaire pour dépasser ses contraintes physiques : résistant à l’humidité, imputrescible, plus résistant au feu, plus solide, et translucide. Cette avancée notable permet également l’utilisation de bois de faible constitution, réservé normalement au chauffage ou à sa transformation en papier. Avec pour but de remplacer les composantes traditionnelles du bâtiment pour amorcer un virage vert dans les années à venir. 

 

Les débuts de WOODOO ? 

Architecte de formation ayant fait mes armes au Japon, je me suis rapidement intéressé à l’architecture de la matière elle-même pour inventer les matériaux de demain. Je me suis alors tourné vers la chimie aux Etats-Unis durant mes études, sur les bancs d’Harvard en collaboration avec le Massachusetts Institute of Technology, où j’ai pu développer les prémices de la technologie. J’ai ensuite ramené l’innovation en France pour la développer, j’ai déposé un brevet pionnier en 2015 puis fondé WOODOO en 2016.

 

Comment rendre la construction de demain plus écoresponsable ?

Les matériaux constituent l’ADN du bâtiment, mais on peut également rendre la construction plus écoresponsable par la mixité des usages et des fonctions qui la constituent, l’intégration du végétal au bâti, l’utilisation des façades et toitures pour créer de l’énergie ou y cultiver des ressources, et aussi gérer la consommation par des micro-capteurs
directement intégrés à la construction.

 

La règle d’or du jeune entrepreneur en 2018 ? 

Dans l’entrepreneuriat, la clé du succès, c’est de poser la bonne question à la bonne personne.

 

Et la vôtre ?

De rester bien à l’écoute de mes partenaires, du marché, et des nouvelles tendances de l’industrie.

 

La personne qui vous inspire le plus dans le business ? 

Nathan Mazonson, founder de Plenty Inc, une startup de la Silicon Valley qui révolutionne l’agriculture de demain quand nous aurons 10 milliards d’habitants sur la planète à nourrir d’ici 2050.

 

Faut-il impérativement porter un costume pour être crédible aujourd’hui ? 

Dans mon milieu, il vaut mieux porter des sneakers et un t-shirt.

 

Votre position sur la mode écoresponsable ? 

Le secteur du luxe et plus particulièrement celui de la mode est un des secteurs les plus à la pointe de l’écologie et du renouvellement de ses pratiques en phase avec l’environnement. Cette mutation rapide vient du fait que la mode et plus particulièrement le textile était jusqu’alors à l’origine de plus de 10 % des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, qu’ils consomment un quart des ressources chimiques produites annuellement, et qu’ils arrivent juste derrière l’agriculture en volume d’eau consommée. La mode écoresponsable n’est pas une évolution, c’est une évidence.

 

Le projet sur lequel vous planchez ? 

Rendre WOODOO accessible au plus grand nombre, en premier lieu pour les grandes maisons du luxe qui sont déjà nombreuses à nous solliciter, puis dans les intérieurs automobile, les intérieurs d’avions, de bateaux, dans le design d’objets et d’espaces, et enfin dans le secteur du bâtiment.

woodoo.fr

Costume en laine nattée, chemise en coton et ceinture en cuir (Paul Smith)

Texte: Felix Besson – Image:DR